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jeudi 5 décembre 2013

Comment rédiger un article médical


Résumé:

 Ce travail a pour but de rapporter brièvement les fondements des règles internationales qui s’appliquent à la rédaction des articles scientifiques médicaux. Il a donc trait à la forme et non au fond, mais il cherche à montrer à quel point l’une et l’autre sont liés pour promouvoir une information accessible et de qualité.
Mot-clé : rédaction médicale



Summary :

This text is designed to very briefly recall the basis purpose and nature of international rules applied to the writing of medical papers. It therefore concerns the form and not the content but tries to show to what extent both aspects are related in order to promote accessible good quality information.
Key-words : Medical writing

La préservation du meilleur niveau scientifique d’un travail passe, au-delà de la qualité de la recherche elle-même, par la qualité de la rédaction médicale. Cette rédaction obéit à des règles. La plupart des grandes revues médicales suivent ainsi pour l’essentiel les recommandations que le groupe de Vancouver a élaborées en 1978 puis remises à jour régulièrement ; la dernière révision a eu lieu en 1997. Suivre ces recommandations dont la portée est en apparence formelle n’est pas une capitulation de l’esprit mais un effort vers le plus véridique et le mieux transmissible.
Ce travail porte sur la rédaction médicale et il a trait à la forme et non au fond. Deux points donc ne seront pas traités. Il s’agit de la méthodologie en recherche clinique, c’est-à-dire les précautions qu’il faut observer dans la collecte et l’interprétation des données pour assurer une conclusion valide. Le second point esquivé est celui des statistiques dont on dira seulement qu’il faudra que l’instrument choisi doit être exactement adapté à la taille du groupe étudié et en liaison avec la fréquence attendue de l’événement-test.


Les règles de la rédaction médicale 

L’article médical scientifique est un compte-rendu de recherche clinique ou fondamentale dont l’objectif est d’apporter une information nouvelle et sa démonstration.

 1. Pourquoi publier : «publier ou être oublié!»

 La publication peut avoir de multiples mobiles. Mais fondamentalement, la justification en est de communiquer aux autres un fait nouveau d’observation ou une idée utile validée. Le compte-rendu de recherche n’est pas une activité pédagogique, il vise à transmettre une information et non à éduquer le lecteur. Qu’elle ait été menée à la cave parmi les archives ou au laboratoire, la recherche scientifique a un objectif : la résolution d’un problème, la réponse à une question ou le bilan d’une action.

2. Pourquoi une forme et des règles ?

 Le fond et la forme d’un article scientifique sont indéfectiblement liés. La forme, en effet, doit être suffisamment bien organisée pour que le fond soit facilement appréhendé et sans difficultés. Le but est de mettre à la disposition du lecteur pour sa propre évaluation les résultats sur lesquels l’auteur s’est fondé pour conclure.
Cette présentation pour l’auteur est une contrainte évidente à la rigueur dans la recherche comme à la rigueur dans l’évaluation et dans l’interprétation des données.
Enfin, une forme et une structure « internationales » permettent à chaque lecteur potentiel de retrouver rangés là où il a l’habitude de les trouver les informations qui l’intéressent.

3. Pourquoi un style et un vocabulaire ?


Un rapport de recherche n’est pas un exercice littéraire, il ne vise pas l’élégance mais la clarté et la précision. Le meilleur style est l’absence de style, tout est donc fait pour favoriser la communication et la qualité de l’information.
Les temps des verbes doivent être utilisés à bon escient : les temps du passé pour les faits passés, les temps du présent pour les faits acquis et les généralisations. Les temps du futur ne sont jamais employés sauf, éventuellement, à la fin de la partie discussion.

 4. Le choix des mots et la construction des phrases: 

 Il faut éviter les mots inutiles ou incorrects et le jargon de la routine locale, il faut éviter les adverbes quantitatifs quand on peut les remplacer par des données chiffrées. En science, il faut toujours utiliser le même mot pour dire la même chose.
La place des mots est essentielle pour faciliter la compréhension. Le plus important doit être au début de la phrase : L’idée principale de chaque phrase doit être contenue dans les premiers mots de la phrase, l’idée principale du paragraphe doit être exprimée dans la première phrase du paragraphe.
Il s’agit de la position forte. Enfin, une phrase courte se lit mieux qu’une phrase longue ; la règle doit être : une idée, une phrase. Mieux vaut trois phrases courtes pour trois idées que trois idées dans une phrase longue.

5. Pourquoi une structure ?

 La structure d’un article a un fondement logique qui est le suivant : puisque l’auteur est allé à la recherche d’une information, il doit dire ce qu’il recherche, c’est-à-dire définir l’objectif de son travail (l’inconnu). Puisque l’information est nouvelle, il doit rapporter celles qui existent déjà dans le domaine (le connu) et qu’il se propose de compléter ou, plus modestement, de confirmer ou d’infirmer. Ce sont là les deux éléments indispensables d‘une introduction.
La démonstration de l’information part de l’observation d’un matériel d’étude clinique ou expérimental avec des méthodes d’évaluation (cliniques, instrumentales, statistiques...) pour aboutir à des résultats. Au terme de cette démarche reste à savoir si la recherche entreprise a bien apporté une réponse, si cette réponse est ce qui était attendu, si les méthodes utilisées peuvent prêter le flanc à la critique et, enfin, en quoi les informations apportées diffèrent de ou corroborent celles qu’avaient déjà données les auteurs préoccupés par le même sujet. Cet exercice hybride qui tient de l’autocritique et de l’auto-satisfaction constitue la discussion.
 L’identification claire de ces cinq démarches est à la base de la structure dite IMRAD (acronyme presque traduisible en français) :
I comme introduction.
M comme matériel et méthode d’étude
R comme résultats.
A comme and
D comme discussion.

Cette organisation est destinée à la rédaction des comptesrendus de recherche mais n’est naturellement pas applicable telle quelle aux autres types d’articles scientifiques : note de technique, cas clinique et mise au point.

 L’article et ses composantes :

La structure d’un article scientifique est un meuble de rangement universel qui permet au lecteur quel qu’il soit de retrouver au même endroit un certain nombre d’informations que l’auteur de son coté est obligé d’y placer.
 L’article comporte donc quatre pièces principales articulées entre elles telles qu’elles étaient décrites et 5 appendices qui sont le titre, les auteurs, le résumé, les illustrations et les références.

Le titre :

Il doit donc être court et informatif, c'est-à-dire correspondre au plus près au contenu de l’article, les mots les plus importants doivent occuper la position forte en début de titre. Les vocables vagues « étude de, contribution, approche de » doivent être éliminés.

Le résumé :

Attiré par le titre, le lecteur lira d’abord le résumé pour savoir s’il doit se plonger dans l’article. Le résumé doit donc être informatif et instructif, il reproduit l’organisation générale de l’article : objectif du travail, description et sélection des sujets étudiés, méthode d’observation et d’analyse, principaux résultats et, si possible, la validation statistique des données spécifiques, principales conclusions comparant les résultats obtenus aux prévisions de l’hypothèse de travail.
 Le résumé représente le fondement de l’analyse que les documentalistes des grandes bases de données feront de l’article au moment de le référencer. Il est donc un message publicitaire à l’international, c’est un produit d’exportation à traiter avec les soins requis. Son rôle à cet égard est d’autant plus important que la plupart des revues scientifiques non anglophones annexent à leurs articles un résumé dont c’est là le rôle principal. Le groupe de Vancouver recommande un résumé structuré de moins de 250 mots.

 L’introduction : 

Elle doit combler l’écart d’information qui peut exister entre l’auteur et le lecteur (pont entre auteur et lecteur), mais le niveau quantitatif et qualitatif de cette information préliminaire du lecteur doit être choisi avec beaucoup d’attention. Le lecteur doit être informé du problème et de ce qui est déjà connu à son sujet, mais il ne doit pas être noyé dans un panorama extensif ou dans une remontée historique abusive et encore moins dans une question de cours préliminaire. C’est dans ce chapitre qu’apparaissent les premières références bibliographiques.
 L’auteur donne alors les objectifs de sa recherche en précisant ce qu’elle a de nouveau par rapport aux précédentes publications qu’il vient de citer : par exemple son matériel clinique peut être plus abondant. Au terme de ce chapitre, la raison de ce travail doit apparaître clairement. L’auteur décrit enfin brièvement l’organisation du travail de recherche qu’il a mené à la recherche de cet objectif.

Matériel et méthodes :



Ce chapitre copie le compte-rendu d’une expérience scientifique, c'est-à-dire qu’il doit donner au lecteur assez d’informations sur le matériel étudié et les méthodes d’étude pour lui permettre de faire lui-même la même expérience pour vérifier les résultats qui lui sont donnés.
Le matériel  : 
Il s’agit de présenter au lecteur ce qui a été étudié et de façon la plus limpide. S’agissant de matériel expérimental, le choix est facile à décrire. S’agissant de série clinique, les critères d’inclusion dans l’étude son essentiels à sa crédibilité, il s’agit en particulier de savoir si les cas qui ont pu être étudiés sont vraiment représentatifs de la population toujours plus large dont le hasard des révisions a permis de les extraire. Ce point d’ailleurs pourra être repris à la discussion pour dépister les biais éventuels de sélection ou les insuffisances de validité statistique qui peuvent en découler.
 Les méthodes : 
Sous le terme de méthode, il s’agit de montrer au lecteur ce qui a été fait sur la population étudiée. Sont donc rassemblées là les méthodes thérapeutiques et les méthodes d’évaluation : un traitement chirurgical est décrit dans ces étapes techniques telles qu’elles se sont réellement déroulées au cours de l’étude. Les méthodes d’évaluation regroupent toutes les techniques d’étude qui vont aboutir à l’élaboration des résultats ; y sont inclus donc les scores et mesures cliniques, les mesures physiques ; les critères d’interprétation d’imagerie. Bien entendu y figurent aussi les méthodes de classement des résultats par niveau, s’il y a lieu, et les méthodes de validation statistique.
Au terme de la lecture de ce chapitre, le lecteur doit pouvoir faire lui-même la critique de la sélection qui a été étudiée et de la façon dont elle a été étudiée ; il est donc bien en théorie placé par l’auteur dans les conditions de faire lui-même un travail de recherche identique.
Les résultats:
 Le chapitre résultats décrit finalement ce qui a été observé, mais exclusivement ce qui a été observé et sans commentaire. Les résultats s’offrent à l’analyse du lecteur et non à l’interprétation de l’auteur.
 La lisibilité de ce chapitre est primordiale, les résultats doivent être présentés dans un ordre logique. Concrètement, texte et illustration s’associent pour faciliter la lecture. Les tableaux jouent un rôle primordial. Pour réunir dans une vue synoptique des résultats chiffrés, schémas et graphiques sont préférables à des tableaux trop complexes, les figures illustrent ce qui ne peut être montré autrement.
 La règle est de ne mettre au texte à la section des résultats que le matériel qui ne se prête pas à la présentation sous forme de tableau ou de figure. Le texte ne doit pas redire ce qui figure dans les tableaux, il sert à insister sur les constatations importantes ou à les résumer.
 La discussion :
Elle est le centre d’un compte-rendu de recherche. Elle interprète les résultats : « Nos résultats montrent… ». Il faut éviter de faire apparaître des chiffres ou observations qui n’ont pas été rapportés dans le chapitre correspondant de l’article. La discussion évalue leur validité à la lumière des réserves possibles sur le matériel d’étude et les interprétations statistiques en particulier.
Elle les confronte avec les objectifs poursuivis tels qu’ils ont été annoncés dans l’introduction, mais en évitant les affirmations non appuyées sur les résultats rapportés.
Elle les compare aux observations faites par d’autres lors d’études antérieures portant sur le même sujet. La discussion peut soutenir ensuite de nouvelles hypothèses, mais elles doivent être présentées comme telles. Enfin, elle peut se terminer par les implications du travail soit en termes de recherches futures qui restent à mener soit en termes de recommandations concernant par exemple tel ou tel choix thérapeutique. De la sorte, la conclusion devient absolument facultative après une discussion bien conduite.
Les illustrations :
Tableaux, graphiques, schémas et images complètent et soutiennent le texte, mais chaque illustration doit être compréhensible en tant qu'unité d'information autonome sans recours à ce texte ; la clarté et la précision de la légende sont donc cruciales.
Les références : 
 La liste des références est là pour rendre à César ce qui est à César. Toutes les références utilisées doivent être rappelées dans le texte, et seulement ces références-là. Sont évidemment proscrites les sources vagues du type : « La majorité des auteurs pense que… » « Il y a un accord général sur... » « Il est connu que... ».

Conclusion  : 

Le fond et la forme d’un article scientifique restent indéfectiblement liés : rédiger une publication contribue à développer des compétences de recherche, parce que, indirectement, elle suscite l’excellence théorique et méthodologique, parce qu’elle favorise le travail collectif et la complémentarité des compétences, parce qu’elle oblige à lire, lire et encore lire les travaux des autres. De plus, la confrontation à l’écriture exige un effort de synthèse, de concision, de structure qui n’est pas sans influence sur la pensée.
Dans l’exercice de la rédaction médicale, le souci de la forme n'est essentiel que parce qu'elle est au service du fond ; mais celui-ci est la seule source de l'intérêt de l'article publié. Pour la bonne qualité d'un article, le préalable à une rédaction de qualité est évidemment la qualité du travail de recherche qui l'a précédée.

Bibliographie :

1. Benichoux P., Guide de la communication médicale et scientifique. Montpellier, Sauramps édit., 1997.
2. Huguier M., Maisonneuve H et Coll. La rédaction médicale. Paris, Doin, 1992.
3. International comittee of medical journal editions. Uniform requirements of manuscripts submitted to biomedical journals. Ann Int Med, 1997 ; 126:36-47.
4. Thomine J.M., Conférences d’enseignement de la SOFCOT, 1998 ; 66:249-256.
5. Salami L.R. Lecture critique et rédaction médicale scientifique. Amsterdam, Elsevier, 1998.

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